Project A-ko

Il y a quelques temps, j’avais essayé de comprendre pourquoi ce film avait autant marqué les fans d’anime à l’époque.

À la base, Project A-ko est un film sorti au cinéma au Japon en 1986, réalisé par Katsuhiko Nishijima.

L’histoire est complètement improbable : deux amies d’enfance, A-ko et C-ko, arrivent dans leur nouvelle école de la ville de Graviton.

Une troisième fille, B-ko, va immédiatement mettre le grappin sur C-ko pour qu’elle devienne son « amie ».

A-ko possède une force surhumaine,
B-ko est très riche, intelligente et a des moyens technologiques démesurés,
C-ko est naïve et enthousiaste.

C-ko veut rester amie avec A-ko,
B-ko veut devenir amie avec C-ko,
A-ko veut arriver à l’heure à l’école.

Les solutions que B-ko trouvent pour s’accaparer C-ko sont globalement d’essayer de tabasser A-ko chaque matin avant les cours, ce qui a le don d’énerver A-ko, puisque ça la met encore plus en retard.

Une des caractéristiques du scénario de Project A-ko c’est le côté ultra-répétitif de cette situation qui va crescendo toute la première moitié du film. Et puis on a un 180° total dans la narration, que je vous laisse découvrir. Ce qui fait aussi de Project A-ko un OVNI de l’époque, c’est son nombre très élevé de références à des séries des années 70/80.

On peut y trouver des références à Creamy Mami, Macross, Harlock, Ken le survivant, Lupin, Urusei Yatsura, même à KFC…

C’est déjà l’une des clés du succès auprès des fans européens, qui même sans comprendre le japonais, pouvaient rire de la répétition de la situation qui part complètement en vrille, tout en comprenant les références.

Une autre caractéristique c’est le niveau d’animation, qui est très élevé (je vais y revenir). Certes on est sur un film cinéma, mais ce n’était pas son ambition d’origine.

En effet l’histoire de Project A-ko est aussi tordue que son scénario. À la base, il devait s’agir d’une OAV érotique de la série « Cream Lemon », très connue à l’époque. Nishijima et Yuji Moriyama avaient déjà travaillé sur cette série.

De ce projet original il ne reste qu’un doujinshi contenant des travaux préparatoires et un storyboard.
Il s’agit d’un triangle amoureux lesbien avec déjà des parodies de Creamy et Ken.
Seul le design de C-ko a complètement changé.

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Assez vite, sans qu’on aie les détails, la production a décidé d’abandonner l’idée d’en faire une OAV érotique pour réaliser quelque chose de plus gros.

Par contre il n’était peut-être pas question d’en faire un film cinéma, puisqu’il a été produit en 4/3.

(pour l’anecdote, il semblerait que la seule scène rescapée du projet d’origine soit la scène de bain de B-ko.)

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Nishijima et Yuji Moriyama avaient déjà pas mal bossé dans des séries télé, et surtout sur Urusei Yatsura. Or l’époque coïncide avec la fin de cette série et Moriyama explique que les projets devenaient plus sérieux avec des thèmes plus lourds. ll n’a pas eu à chercher loin pour trouver des gens prêts à travailler sur le projet :

« C’était frustrant pour les animateurs qui voulaient juste animer. A-ko a été une tentative délibéré de mettre tout ça de côté pour faire un film absurde d’action, amusant à faire et à regarder. On peut dire que c’est un film fait par des animateurs, pour des animateurs.

Des animateurs qui voulaient animer des grosses scènes d’actions sans le pouvoir, sont venus sur ce projet et se sont défoulés. On aurait pas pu tous les rassembler autrement, même en le voulant. La plupart sont venus d’eux-même en demandant à participer. »

Et évidemment, chacun tentera d’y mettre son petit easter egg. On peut parler des cannettes de coca au milieu des missiles (un classique), mais aussi des personnages un peu planqués, comme des figurants tout droits sortis… de Cream Lemon (je vous laisse chercher).

Enfin, les musiques.

La bande originale a été confiée en grande partie à deux américains, Richie Zito et Joey Carbone.
Ils signent une BO très éloignée de ce qui se faisait dans les animes des années 1980. Les chansons sont également chantées en anglais.

Contrairement à ce que j’ai cru pendant des dizaines d’années, il existe cependant un single japonais qui contient deux des chansons principales chantées en japonais ! À l’époque, sans internet, c’est le genre d’info complètement passée à la trappe.

La BO a été très vite disponible et facilement trouvable. Beaucoup de fans de l’époque en France l’avaient, ce qui fait qu’elle a été réutilisée à foison. Par exemple on l’entend beaucoup dans Bitoman 2, réalisé par Alex Pilot en 1992.

Chez nous Project A-ko était aussi régulièrement montré dans les conventions d’animés et aussi dans les demoparty grâce à @_Adoru_ . Les collectionneurs de LD d’animés l’avaient forcément, et les autres en VHS.

De l’autre côté du monde, les USA commencent à s’ouvrir à l’animation japonaise au début des années 1990, et Project A-ko sera un des titres phares du catalogue Central Park et Manga Entertainment. Il fera parti des imports privilégiés en PAL en France (via Manga Video UK).

Chez nous, le film ne sortira pas car c’est AB Productions qui avait bloqué les droits. Ils en avaient même fait une VF basée sur une version appelée « Supernova ». Elle restera au placard forever.

Enfin, la version sortie en occident a longtemps été la version cinéma, croppée au ratio 1.85:1. Le LD japonais était très recherché car il proposait le film dans son ratio d’origine en 4:3.

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Pendant près de 30 ans, le master pellicule 4:3 a été considéré perdu définitivement.

Tous les fans et les éditeurs avaient fait leur deuil du master, en fait.

Vous pouvez voir avec les vidéos que j’ai postées que les sources n’étaient pas fameuses. En réalité toutes les rééditions étaient faites à partir du master LD composite. Et alors que @discotekmedia était en train de faire un (magnifique) upscale 2K du LD, boum, ils ont un tip sur la localisation du master 35mm original.

Ils vont vérifier et… ils le trouvent !

Donc déjà pour moi : 💸💸💸

Mais ce qui est vraiment cool, c’est qu’on sait enfin que le master a été préservé, qu’on va avoir droit à de belles éditions et qu’on risque de redécouvrir des détails dans l’animation, invisibles avant. 😉

Source des infos : Wikipedia mais aussi le DVD US « Perfect edition » qui contient un making-of et un commentaire audio de Yuji Moriyama sur tout le film.

L’histoire de la récupération du master, sur une intuition totale doublée d’un coup de chance :

J’ai oublié de poster ce parallèle amusant avec Kill la Kill. Il y a un effet un vibe assez similaire entre les deux œuvres.

Kill La Kill, My New Project A-ko?
Image par Atariboy sur Deviantart

Sources : Wikipedia mais aussi le DVD US « Perfect edition » qui contient un making-of et un commentaire audio de Yuji Moriyama sur tout le film.